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Aujourd’hui, je vais vous parler d’une des pépites du cinéma américain de ce début d’année, qui la nuit dernière a remporté à la 86ème cérémonie des Oscars, une statuette dorée dans la catégorie “meilleur scénario original”; ce qui pour ma part est totalement mérité et vous serez surement de mon avis après avoir lu les quelques lignes qui suivront. Il s’agit de “Her” de Spike Jonze avec pour tête d’affiche, le non moins géniallissime, Joaquin Phoenix connu pour ses rôles dans des films tels que “Gladiator”, “The Yards” ou encore le très récent “The Master” aux côtés de feu Philip Seymour Hoffman, pour ne citer que ceux-là. Avec “Her”, Spike Jonze signe ici un 2ème long métrage après le sublime “Dans la peau de John Malcovich”. Il est beaucoup plus connu pour ses réalisations de clips vidéos dont le plus célèbre “It’s oh so quiet” de Björk, qui est de toute beauté, tout comme la chanson elle-même.

“Her”, c’est l’histoire d’un homme (dans une société futuriste), Théodore, qui pour gagner sa vie, écrit des lettres et des petits mots d’amour pour le compte de clients en manque d’inspiration. Il vient de rompre avec Catherine (jouée par Rooney Mara) et sort d’une longue relation amoureuse; et, il a dû mal à s’en remettre. Un jour qu’il décide d’acquérir un nouveau système d’exploitation. Il a la possibilité de choisir entre une voix féminine et une voix masculine; et, il optera pour la voix féminine et sa nouvelle interlocutrice répondra au doux prénom de Samantha ( incarnée par la très sexy Scarlett Johansson). Il s’agit d’une espèce de Siri (les détenteurs d’IPhone et autres aficionados comprendront aisément) mais en beaucoup plus élaboré parce que Samantha est douée de réflexion et est indépendante; ce qui lui confère la capacité de “ressentir”, plus précisément “d’avoir des sentiments” qui lui sont propres. En somme, Samantha présente toutes les caractéristiques d’une femme; je dirai même plus, d’un être humain. Mais seule ombre au tableau, elle n’est qu’une voix, l’âme d’une intelligence artificielle. Chez lui, comme à l’extérieur, Théodore est connecté à Samantha via une oreillette et une espèce de boîtier. Au fil de leurs conversations, Théodore et Samantha finiront par tombés amoureux. Comme le nez en plein milieu de la figure, le gros point noir de leur relation est que Samantha n’étant pas faite de chair et de sang, ils sont incapables de se voir et encore moins, de se toucher. Tous les deux souffriront de ça, ce qui nous donnera l’une des scènes les plus rocambolesques, au cours de laquelle Samantha essaiera d’endiguer ce problème. Je n’en dis pas plus, je vous laisse la découvrir.

“I’m in love with Siri”…Cette phrase que j’ai dite pour gentiment me moquer la première fois que j’ai vu le trailer de “Her”, est devenue beaucoup moins risible pour moi, dans le sens où Spike Jonze, sous couvert de cette relation amoureuse dès plus atypiques, soulève un certain nombre de questions, quant à la relation que nous entretenons avec les nouvelles technologies. C’est l’un des sujets qui me passionne alors j’ai eu une grande satisfaction durant le visionnage de ce petit bijou cinématographique. Spike Jonze n’est pas précurseur dans le domaine puisque ce thème a moult fois été abordé et exploité dans des productions telles que “Bienvenue à Gattaca”, “Intelligence Artificielle”, “Black mirror”, un OVNI comme les britanniques savent le faire; ou encore “Simone” avec Al Pacino réalisé par Andrew Nicol connu pour avoir fait tourné en bourrique Jim Carrey dans”The Truman show”. Néanmoins, Spike Jonze a réussi à faire de “Her”, un film qui ne ressemble à aucun autre, oscillant entre plusieurs genres.

Les comédies romantiques et moi, ça a toujours fait d’eux surtout celles qui sont construites comme des films à base de “coup de foudre à…”. J’en ai toujours eu horreur. Je ne suis pas contre les histoires d’amour mais je les aime lorsqu’elles sont contrariés ou torturées. Alors, lorsque je tombe sur l’affiche de “Her”, je suis au bord du dégoût : sur un fond rose fuschia, Joaquin Phoenix porte une chemise rouge et une moustache (bon, ça c’est un autre débat). Sans jeu de mots, on s’attend à une histoire à l’eau de rose, plein de bon sentiments, du pathos et du mièvre jusqu’à l’overdose comme dans toutes ses comédies romantiques dont les codes ont été usés, essoufflés et épuisés (vous les connaissez toutes, on en a vu au moins une dans sa vie). Malgré cette affiche, on retrouve un Joaquin Phoenix qui joue à merveille; on en vient même à oublier qu’il est véritablement tout seul dans la plupart des scènes dans lesquelles il n’a que comme seul point de repère la voix de Samantha. Il joue un homme timide, réservé et éperdument romantique (on est aux antipodes des rôles qu’il incarne d’habitude au cinéma, ce qui n’est pas pour me déplaire). Je salue la prestation de Scarlett Johansson qui a réussi à faire passer toutes les émotions de Samantha au travers de sa voix; cette voix qui savait être sensuelle, enjouée et quelques fois enfantine. Je conseillerai de regarder le film en V.O.S.T parce que dans le cas présent le sous-titrage desservirait la qualité du jeu des acteurs.

La réalisation de Spike Jonze est soigné et l’esthétique apportée à chaque scène est superbe et savamment pensée : les vêtements de Théodore sont de couleurs pastels pour la plupart et son environnement en est parsemé. On se rend compte que la ville et ses habitants sont accessoires et le film prend beaucoup plus place dans l’appartement de Théodore, ce qui accentue le caractère intimiste du film. De cette façon, on entre beaucoup plus vite dans cette relation non conventionnelle. Ils sont amoureux et évoluent dans une bulle et le téléspectateur en fait partie. Tout ça est souligné par le nombre très restreint de personnages présents. Je trouve ce procédé très ingénieux dans le sens où on s’attache beaucoup plus rapidement aux détails de l’histoire d’amour des principaux protagonistes. La bande son est sublime et on fond pour “The moon song” interprétés par Samantha et Théodore durant le film. Spike Jonze à travers “Her” nous livre ici une réflexion sur l’amour et ses fondements, l’intelligence artificielle et notre relation avec cette dernière, les problèmes d’éthique que cette dernière comporte; autant de réflexions philosophiques que ce film soulève (mais ça, je le réserve pour un prochain post).

“Her” est une comédie romantique, oui; mais, une comédie de science fiction romantique. C’est certainement l’un des meilleurs films romantiques qui m’ait été donné de voir jusqu’ici. Elle est dérangeante, touchante et quelque fois troublante mais d’un genre nouveau avec une réflexion sur notre temps : dans le monde d’hyper-communication (Facebook, Twitter,…) dans lequel on vit, on est beaucoup plus seul qu’on ne le croit et ce qu’il nous manque le plus souvent, c’est un véritable contact humain. En tout cas, j’espère vous avoir donné envie de le voir et que vous ressortirez de cette expérience, tout aussi bouleversé que je l’ai été.

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