Vous rêvez de donner, sans retenue aucune, libre cours à vos envies les plus sombres et les plus inavouables ?  Eh bien ne rêvez plus ! WestWorld vous ouvre grand ses portes.

À cheval entre Science-fiction et Western (du moins pour la première saison) WestWorld est un thriller américain qui porte la griffe du chevronné Jonathan Nolan (Person Of Interest, coscénariste de Memento, Le Prestige, Dark Knight, The Dark Knight Rises, Interstellar) et de Lisa Joy, coproduite par JJ Abrams et Bryan Burk (Fringe, Lost, Cloverfield, Super 8, Mission Impossible : Rogue Nation, Stars Wars :  Force Awakens ; Star Trek : No Limits). C’est une adaptation libre du Film WestWorld (1973) par Michael Crichton à qui nous devons les romans Jurassic Park et Le Monde Perdu. Là où le film proposait les époques Romaine, Médiévale et la Conquête de l’Ouest Américain, la série quant à elle se focalise (pour la première saison) sur Le Far West Américain du XIXème siècle.

Comme dans le film, le parc de La multinationale Délos est peuplé d’androïdes humanoïdes sophistiqués appelés « hôtes », dont la mémoire est rebootée à la fin de chaque boucle. Le parc est destiné à une clientèle ultra fortunée (“visiteurs”) qui pourra s’adonner à ses pulsions les plus obscures ou suivre une quête au scénario préparé en conséquence. Cependant, suite à une mise à jour du programme source des hôtes, plusieurs d’entre eux affichent des comportements déviants, à l’opposé de leur programmation originale. Les ingénieurs et techniciens en charge enquêtent et ce qu’ils découvriront (ou pas) bouleversera à jamais leur quotidien et celui du parc.

Si au départ la série suit les déboires de l’hôte Dolores Abernathy (Ewan Rachel Wood) plusieurs autres personnages (hôtes, visiteurs et employeurs) viendront greffer leurs histoires respectives à cette odyssée. Quand bien même dès les premières minutes une légère confusion naîtra dans l’esprit du téléspectateur, la série propose toutefois des niveaux de lecture différents, qui, associés à la continuité des épisodes, offrira une compréhension globale de la thématique abordée, à savoir l’intelligence artificielle et la notion conscience.

On aura le loisir de jauger le charisme et la détermination de la plupart des personnages : de l’énigmatique homme en noir (Ed Harris) au Professeur Ford (Anthony Hopkins), en passant par la malicieuse Maeve (Thandie Newton). On sera indubitablement séduit par la justesse des plots twists si judicieusement utilisés permettant à l’intrigue de prendre une tournure inattendue rendant de ce fait le dénouement plus imprévisible que jamais.

Sur le fond, la série est un véritablement questionnement philosophique qui brise tous les préjugés aussi bien moraux qu’existentiels.

En choquant sans détours (l’intensité de ses scènes de violences et de sexe notamment) Westworld sort du sempiternel schéma manichéen qui voudrait qu’on ait le bien, les gentils d’un côté et le mal et les méchants de l’autre, remettant au passage la conception même de la “conscience humaine”

Si un élément parvient bien à ancrer une production dans l’esprit du téléspectateur c’est bel et bien la bande son.

S’inspirant du succès de celle de Game Of Thrones, HBO a de nouveau confié cette délicate opération au compositeur allemand Ramin Djawadji (ex assistant d’Hans Zimmer) connu pour son travail sur les soundtracks de Batman Begins, Iron Man, Blade Trinity, Prison Break et Person of Interest. Le résultat est une parfaite symbiose entre compositions originales (l’entrainante musique au piano et au violon du générique), reprises de tubes de la pop culture et grands classiques tels que Le lac des cygnes de Tchaïkovsky et Reverie de Claude Debussy. Le résultat tout en soulignant parfaitement le paradoxe temporel (des robots au XIX ème ?) se calque au millimètre près sur l’atmosphère grave et sentencieuse qu’évoque la série.

Etant fan incontesté de Jonathan et de JJ Abrams, WestWorld a su me séduire avant tout par l’habituelle justesse d’écriture de son scénario et la qualité des dialogues. J’y ai retrouvé les éléments ayant contribué au succès de Person d’Interest notamment un maniement chirurgical du twist.

Parlant de Person of Interest la série relance avec brio le débat sur la notion d’intelligence artificielle, en montrant que les frontières peuvent s’avérer floues entre la conscience autonome et une intelligence obéissant à une programmation prédéterminée.

Mon coup de cœur demeure cependant l’excellentissime Anthony Hopkins, au sommet de son art. Son immersion dans le personnage du Professeur Ford est totale. Que ce soit au niveau de la gestuelle, des mimiques ou l’expression orale, il interprète à la perfection ce “savant fou” blasé qui, sous ses airs sénile et débonnaire, dissimule un vieux roublard aux sens aiguisés, à la détermination implacable et à l’intelligence redoutable tirant dans l’ombre les ficelles, ne sourcillant pas à éliminer tout obstacle se dressant sur son chemin.

Avec sa réalisation méticuleuse Westworld allie savamment émerveillement audiovisuel et rhétorique intrigante en 10 épisodes (10 films ?) Une fois son concept apprivoisé, la série laisse le téléspectateur émerveillé dans un état contemplatif à tel point qu’on se demandera si l’acte deux prévu pour courant 2018 pourra tenir la cadence élevée qu’a établie la première saison.

 

“The violent delights have violent ends”

William Shakespeare.

Peter Abernathy S01 E01.

 

 

By Yves Sadate

 

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