Ma première critique écrite et publique et dans ma glorieuse arrogance je choisis de m’attaquer aux Wachowski !  Rien que ça ! Bon ben quand faut y aller…

Les sœurs Wachowski, plus connues pour certains pour la trilogie The Matrix, ont créé une pépite télévisuelle du nom de Sense8 diffusée sur Netflix depuis 2015 et qui s’achèvera après deux saisons par un épisode/téléfilm prévu pour 2018. J’ai eu la tentation de pomper un petit résumé vite fait sur Wikipédia (parce que bon qui a le temps de faire de la contraction de texte là tout de suite), mais bon ce n’est pas très honnête. J’adore cette série et cela va se ressentir très fortement dans la suite de cette critique.

Alors au départ, Sense8 c’est l’histoire de huit personnes éparpillées sur les cinq continents ne se connaissant pas et qui découvrent du jour au lendemain qu’elles sont dotées de capacités extra ordinaires leur permettant de vivre les expériences cognitives, émotionnelles et sensorielles les unes et des autres. Nous avons Will, le policier de Chicago (un peu trop) droit dans ses bottes, Riley la DJette islandaise si cool qu’elle a une mèche bleu dans les cheveux, Sun la badass sud-coréenne (sérieux elle est la définition même du terme), Kala l’indienne bien éduquée elle aussi portant les germes de la badass-erie, Wolfgang le thug allemand, Capheus le conducteur de bus kenyan qui a pour surnom Van Damme (chacun ses idoles), Lito l’acteur mexicain qui a un peu une double vie et enfin Nomi, la hackeuse/vloggeuse antisystème qui avant s’appelait William. Fun fact, ils sont tous nés au même moment.

Leur éveil vis-à-vis de leurs aptitudes est le fruit de la mort de leur « mère » Angelina (elle-même sensitive), qui en se tirant une balle dans la tête et donc en poussant son dernier souffle, a donné naissance à leur cercle. Alors que nos héros se découvrent mutuellement à travers leurs pouvoirs, ils se retrouvent face à un ennemi commun et mortel, BPO, une organisation scientifique et (probablement) criminelle ayant pour mission principale de les traquer pour on ne sait quel but obscur. Les 8 vont devoir s’unir malgré leurs différences afin de rester en vie et de protéger l’espèce sensitive, parce que oui, ils ne sont pas les seuls.

Rentrons dans le vif du sujet. La première chose qui m’a frappée et que j’ai trouvé positivement rafraichissante est le fait que la plupart des acteurs principaux est relativement inconnue du grand public. Ça fait toujours plaisir de découvrir de nouveaux talents dans un Hollywood qui a tendance à recycler les mêmes facies depuis quelques années. Si je devais résumer les thèmes centraux de cette production autour de concepts clé, le premier serait « accepter et vivre pleinement sa différence ». Les exemples de personnages incarnant férocement ce mantra ne manquent pas : Lito, l’acteur homosexuel dans le placard qui apprend à assumer sa sexualité dans un environnement où il représente le male alpha latino et sauveur de de ses dames, Sun la businesswoman/martial artist qui veut s’imposer dans un contexte  familial, social et professionnel ou les femmes donnent tout sans jamais rien recevoir et sont souvent les victimes des péchés des hommes de leurs vies, Nomi, l’activiste qui a depuis longtemps fait la paix avec sa transsexualité et veut montrer la voie de l’acceptation au monde en vivant sa vie à 1000% (personnage qui fait écho a la réalité vécu par les créatrices qui étaient il y a 20 ans connues comme les frères Wachowski). Que l’on soit d’accord ou pas avec les modes de vie des personnages, le message reste le même pour tous, être soi-même et avoir le courage de sortir des cercles vicieux qui nous brident et nous empêchent d’accéder à notre idéal de vie.

Le deuxième concept est l’évolutionnisme. Chez Sense8 ils ne sont pas les premiers à aborder la question de l’évolution de la race humaine et de l’intolérance/peur de l’homo sapiens face à l’émergence d’une nouvelle espèce (cc X-Men). Par contre ce que Sense8 a de particulier, c’est la mise en avant de personnages non « mutants » qui concourent énormément au succès des héros. Ce qui est un peu à l’image des positionnements sur les questions de sociétés contemporaines : la possibilité de trouver des alliés « improbables » parmi ceux qu’on pourrait croire du « camp oppose ».

Ces deux questions centrales (pas les seules j’en suis sure) gravitent comme d’habitude autour de valeurs classiques véhiculées dans la plupart des fictions de type Gentil Vs Méchant : le courage, le sens de l’amitié et de la famille, l’humanisme par-delà les frontières, le choix entre le bien et la facilite (cc Dumbledore).

Qu’en est-il du story-telling ? Même si le synopsis fait très science-fiction/action, Sense8 garde une part de lyrisme qui vient ici traduire de la manière la plus crue possible les émotions des personnages. Art, culture, religion, philosophie et science s’entremêlent pour donner aux téléspectateurs une expérience humaine et visuelle qui pour moi est inégalée à ce jour pour une production non fantasy. Rien n’est prévisible dans les dialogues ou la trame. Chaque épisode apporte un élément nouveau auquel on ne s’attendait pas, que ce soit l’introduction d’un nouveau personnage, une explication apportée par rapport à l’origine de la sensitivité voire une dose d’humour par-delà la tragédie.

Un des éléments qui m’a également interpellée c’est la représentation qui est faite du Kenya, pays natal de Capheus. Nous n’avons pas eu droit à la description monochrome habituelle tirée des fantasmes occidentaux (cases en terre cuites, mamans qui pillent le mil seins nus, criminels de guerre et enfants soldats). Nous avons eu droit au Kenya tout simplement : la précarité et la violence qui caractérise certaines zones de Nairobi, l’opulence dans laquelle vit son élite, les classes moyennes et intellectuelles qui se battent pour faire une différence. Ce qu’on nous montre ici c’est la ville, le pays et sa politique à travers le regard d’un local/natif et non d’un blanc qui vient rendre ou sauver qui que ce soit.

Visuellement, les showrunners ne déçoivent pas. A l’époque ou je regardais The Matrix pour la première fois, ce qui m’avait le plus marqué n’était pas la révélation qu’en fait nous sommes tous esclaves de robots (j’étais trop jeune pour comprendre) mais les chorégraphies des scènes d’action. Avec Sense8, la logique ne sera pas la même (parce voilà les balles en suspension…) mais la qualité et la précision si. Le tout dans un background aussi varié qu’authentique (scènes tournées dans les localisations réelles) avec une composition musicale qui rend justice à chaque émotion qui veut être véhiculée au téléspectateur, le spectacle est tout simplement parfait. Vivre une scène, un dialogue, une chorégraphie concomitamment de l’Inde à Berlin en passent par Nairobi apporte vraiment une touche d’originalité au tout et c’est ça à mon avis qui fait le charme de cette série.

Si je devais répondre à la question c’est quoi Sense8, je dirais que c’est un mélange entre Fringe, The Matrix, La vie d’Adèle et bizarrement le Club des Cinq (Go figure). Maintenant si vous êtes allergiques ou tout simplement agacés par les thématiques de libéralisation de la sexualité, du féminisme, de religion, si les scènes olé olé non hétérosexuelles vous mettent mal a l’aise, cette série n’est pas faite pour vous. Personnellement, j’ai adoré la regarder, même si mes opinions n’étaient pas toujours en accord avec ce qui y est représenté.

 

Donna Hanscum.

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